La revue Viandes et produits carnés

La revue française de la recherche en viandes et produits carnés  ISSN  2555-8560

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 ECONOMIE ET CONSOMMATION

 
 

Diagnostic de compétitivité des filières volaille de chair européenne et française

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Etude des facteurs économiques en cause dans les pertes de parts de marché de l’Union européenne et de la France vis-à-vis de leurs concurrents respectifs

Cet article reproduit, avec quelques modifications, une synthèse réalisée par l’ITAVI lors d’une restitution du RMT Economie des filières animales le 10 décembre 2014 à Paris.

Le déficit français de compétitivité s’explique par un cumul de facteurs défavorables, de l’ordre de l’environnement réglementaire (fiscalité, coût du travail, interprétation plus contraignante en France de la réglementation environnementale ou sanitaire), mais aussi de la structure et de l’organisation des filières et des stratégies d’acteurs.  Le diagnostic posé est celui d’un manque de standardisation des process et d’investissements dans les outils à tous les stades de la filière ainsi que celui d’un déficit  de coordination et de partage de l’information technique entre les différents maillons.

chaine volaille

INTRODUCTION

Les filières animales françaises font face, au même titre que d’autres secteurs agricoles et industriels, aux défis de la compétitivité. La filière volaille ne fait pas exception. Elle est même l’une des plus touchées par les pertes de marché, à l’export comme sur son marché intérieur, alors même que la consommation mondiale connaît une croissance régulière et élevée. L’Itavi, partenaire du RMT « Économie des filières animales », s’est attachée à mieux comprendre les causes de ce décrochage,  pour fournir aux partenaires économiques, professionnels et publics, des réponses adaptées pour affronter les enjeux auxquels ils sont confrontés. Pour y parvenir, le RMT s’est engagé au transfert efficace de l’ensemble des travaux. Une réflexion pédagogique sera également menée avec des acteurs des différents niveaux de la formation, permettant de préparer les futurs professionnels aux missions qui les attendent.

 

I. DYNAMIQUES DE MARCHE ET NIVEAU DE COMPETITIVITE SUR LE MARCHE MONDIAL

I.1. Dynamisme de la production et de la consommation mondiale

Selon les estimations de la FAO datées de novembre 2013, la production mondiale de volailles atteindrait 107 MT en 2013. La demande en viandes de volailles reste stimulée par les prix élevés des viandes concurrentes, mais la croissance est ralentie par la hausse des coûts des matières premières et la résurgence de l’influenza aviaire en Asie. La production de volailles se situe au second rang, derrière la viande de porc (115 MT), mais loin devant la viande bovine (68 MT). Sur les vingt dernières années, la croissance moyenne de la production mondiale de volailles a été de 4.3 % par an contre 1 % pour la viande de bœuf et 2.2 % pour la viande porcine. Le niveau de consommation individuelle de volailles s’établissait à 13.6 kg par personne en 2009 selon la FAO, (moins de 10 kg en Afrique, autour de 50 kg aux Etats-Unis ou au Moyen Orient).

I.2. La volaille, première viande échangée dans le Monde

D’après la FAO, les échanges internationaux de volailles (hors échanges intra-communautaires) ont atteint 13 MT en 2012, en croissance moyenne de 7% par an sur 20 ans. Le commerce mondial est très concentré, les Etats-Unis et le Brésil sont au coude à coude pour la place de premier exportateur mondial en volume, avec respectivement 30 % et 32 % des échanges internationaux en 2012. En valeur, le Brésil est le leader incontesté avec 8.4 milliards USD en 2012, contre 5.5 milliards USD pour les Etats-Unis. Les ventes de l’Union européenne atteignent juste 2 milliards USD. La place de l’Union européenne dans le commerce international de volailles est en nette diminution depuis 15 ans, passant de 20 % des volumes exportés en 1994 (date de la signature des accords de Marrakech) à 10 % en 2012. Les importateurs de volaille sont plus atomisés. Les principaux sont la Chine (2 MT), le Proche et Moyen-Orient avec l’Afrique du Nord (environ 2 MT) en forte croissance, le Japon, la Fédération de Russie et l’Union européenne.
Si l’Union européenne est exportatrice nette en volume (1.4 MT exportées en 2012 pour 843 000 T importées), elle est cependant déficitaire en valeur depuis le début des années 2000 (déficit de 500 M€ en 2012). Les raisons du recul de l’Union européenne sur la scène mondiale relèvent de deux raisons majeures : un déficit de compétitivité par rapport à ses compétiteurs mondiaux et la libéralisation des échanges internationaux dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce depuis la signature des accords de Marrakech en 1994.

I.3. Analyse comparée des coûts de production et facteurs de compétitivité-coûts

Différentes sources (LEI, ITAVI, Embrapa) permettent d’évaluer le surcoût actuel de production entre l’Europe et le Brésil à environ 45 %. Les principaux avantages compétitifs du Brésil demeurent des coûts d’intrants plus faibles (aliment, poussin), de bonnes performances techniques, un faible niveau de charges fixes lié à des installations souvent plus rudimentaires et à un plus faible coût de la main-d’œuvre et, enfin, un cadre réglementaire moins contraignant que le cadre communautaire, notamment en ce qui concerne la protection de l’environnement et certaines normes sanitaires.
Cet écart est en réduction sur la dernière décennie, en relation avec une convergence des prix des céréales, une augmentation du coût de la main- d’œuvre brésilienne et un durcissement du cadre réglementaire brésilien.
Ce différentiel de compétitivité se creuse cependant au stade abattage-transformation, en lien avec le faible coût de la main-d’œuvre. En 2010, le surcoût France vs. Brésil à la sortie de l’abattoir était estimé à 56 % (Fouillade, 2010).

Tableau 1 : Evolution des coûts de production du poulet vif en France et au Brésil (en €/kg vif)

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(Itavi d’après LEI, Embrapa et ses propres sources) en moyenne triennale

I.4. Le rôle du contexte réglementaire et des accords internationaux

Après plus de trente années de progression, la signature des accords de Marrakech en 1994 a sonné le glas du développement des exportations européennes subventionnées. Or, sans soutien à l’exportation, les différentiels de coût existants entre l’Union européenne et ses principaux compétiteurs internationaux fragilisent la présence des opérateurs européens (et notamment français) sur le marché mondial. Si, globalement, les volumes exportés par l’Union européenne à destination des Pays Tiers, exprimés en Tec, se sont maintenus jusqu’au début des années 2000, grâce au développement des ventes de sous-produits de l’industrie avicole - type VSM (Viandes Séparées Mécaniquement) de dinde ou de poulet - les exportations européennes ont chuté nettement en valeur à partir de 1998, puis en volume à partir de 2000, avant de se stabiliser.

I.5. La compétitivité hors prix : une capacité d’adaptation aux demandes spécifiques

Les segmentations de marché traduisent les diverses préférences des consommateurs : le marché nord-américain et de l’Europe de l’Ouest est centré sur le filet, le marché japonais sur les cuisses désossées et les Chinois consomment des pattes de poulet. Les niveaux d’attentes sociétales se traduisent également par des exigences spécifiques. La capacité des acteurs à répondre, dans des conditions satisfaisantes de prix, à des exigences et cahiers des charges variés, sur le marché international, comme sur leur marché domestique, constitue un facteur de compétitivité déterminant.
La percée brésilienne sur le marché international s’explique ainsi, non seulement par une forte compétitivité coût, mais également par la forte diversification des couples produits-marchés des entreprises brésiliennes et par une bonne valorisation de leurs avantages comparatifs (le faible coût de main-d’œuvre qui permet le désossage des cuisses pour le marché japonais par exemple).

 

II. DYNAMIQUES DE MARCHE ET NIVEAU DE COMPETITIVITE SUR LE MARCHE COMMUNAUTAIRE

II.1. Des dynamiques de filière contrastées au sein de l’UE

La production européenne a atteint 12.2 MT en 2012 selon Eurostat. Au sein de l’Union européenne, les dynamiques de production sont très contrastées selon les Etats-membres. Depuis 2000, la France a vu sa production refluer de près de 3 % par an en moyenne, alors que celle des autres pays membres s’est maintenue ou développée.
Le bassin « Nord Europe » (Basse Saxe, Pays-Bas, Belgique) ressort comme le grand gagnant de cette période. L’Allemagne a connu une croissance continue et a presque triplé sa production en vingt ans.

Figure 1 : Dynamique des productions de volailles dans les principaux pays européens

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II.2. Les indicateurs de coûts de production

Si la France n’accuse pas de handicap rédhibitoire sur le coût du vif, elle a perdu l’avantage concurrentiel qu’elle possédait par le passé ; les performances techniques moyennes françaises sont légèrement inférieures à celles de ses concurrents nord européens. Sur les coûts aval (abattage/découpe), l’écart apparaît plus significatif (de 20 à 30 %). La différence de coût unitaire de la main-d’œuvre ouvrière entraîne la moitié de l’écart de coût d’abattage avec l’Allemagne. Les autres raisons sont liées à l’organisation, les gammes, la taille des outils ou leur taux de saturation.

II.3. Les facteurs structurels

Alors que la capacité moyenne totale d’un atelier français professionnel est de 16 000 poulets (en effectif instantané), les ateliers belges et espagnols hébergent en moyenne 30 000 animaux, les allemands 60 000 et les britanniques plus de 90 000 (RA 2010).
Cette particularité française est en partie due à la production sous Signes de Qualité et d’Origine (SIQO, qui regroupe les AOC et Label Rouge) qui impose des tailles d’élevages réduites et n’existe, en volaille, qu’en France. Si l’on ne considère que les ateliers « standard », la taille moyenne française est comparable à celle de l’Espagne et de la Belgique. Si les structurations sectorielles de l’industrie avicole en France et en Allemagne sont proches (avec un poids du leader de 30 % dans l’activité nationale), les outils industriels sont, comme en élevage, de plus petite taille en France.

Tableau 2 : Indicateurs Technico-économiques en élevage de poulet de chair pour l’année 2011

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Source : Van Horne, 2013, Renault et al., 2011, actualisé en 2013 par ITAVI

Tableau 3 : Indicateurs structurels

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Etude ITAVI 2013 d’après Eurostat, stats nationales et enquêtes

II.4. Les facteurs de compétitivité sur le marché européen

Le déficit français de compétitivité s’explique ainsi par un cumul de facteurs défavorables. Certains sont liés à l’environnement réglementaire (fiscalité, coût du travail, interprétation plus contraignante en France de la réglementation environnementale ou sanitaire), d’autres relèvent de la structure et de l’organisation des filières et des stratégies d’acteurs.  Le diagnostic posé est celui d’un manque de standardisation des process et d’investissements dans les outils à tous les stades de la filière ainsi que celui d’un déficit  de coordination et de partage de l’information technique entre les différents maillons, ne permettant pas de réaliser des économies d’échelle et de gamme comparables à celles réalisées par nos compétiteurs (outils anciens et non saturés, absence de système de certification unifié conduisant à l’inflation des cahiers des charges, faiblesse de la R&D ; absence de partenariat technique avec la GMS).

 

CONCLUSIONS : PERSPECTIVES ET ENJEUX

La hausse attendue de la consommation mondiale de volailles (+ 60 MT à horizon 2030 selon la Rabobank, +2.4% /an), notamment dans des régions où les ressources locales sont limitées, devrait induire un nouveau développement du commerce mondial, également favorisé par une poursuite de la libéralisation des échanges, via la conclusion de nouveaux accords bilatéraux et l’ouverture de marchés aujourd’hui protégés. Dans cette perspective, la question de la compétitivité des filières volailles européennes au plan international est vitale. La convergence des coûts d’intrants et des coûts de main-d’œuvre entre l’Europe et ses compétiteurs des pays émergents sera un facteur favorable à la compétitivité européenne, alors que d’autres paramètres comme les évolutions des parités monétaires ne peuvent être maitrisés. La structuration de l’industrie avicole européenne autour de leaders transnationaux capables de mettre en œuvre des stratégies de multi-sourcing et de réaliser des économies d’échelle et de gamme serait également un élément favorable.
Sur la scène intra-communautaire, dans un contexte concurrentiel caractérisé par des coûts d’intrants très variables et un pouvoir d’achat des consommateurs en berne, la capacité des entreprises et des filières à anticiper la demande par des innovations produits et une segmentation de marché adaptée et à gérer la volatilité des prix sera déterminante. Elle sera favorisée par des modèles d’organisation flexibles travaillant en flux tendus, afin d’éviter surcapacités et surproductions ; des partenariats forts ; un partage du risque entre maillons permettant de préserver les marges et les capacités d’investissement de chacun ; et enfin, un partage des enjeux économiques et sociaux entre  acteurs des filières, pouvoirs publics et société civile.

 

Bibliographie

Champion F et al, La compétitivité agricole du Brésil. Le cas des filières d’élevage. NESE n° 37, Janvier-Juin 2013, pp. 127-156
Fouillade P, Guillet M, Ménard JN, Compétitivité de la filière volailles de chair française, rapport CGAAER Octobre 2010 ;
Magdelaine P, Coutelet G, Chenut R, Structures et organisation des filières volailles de chair en Europe : Analyse comparée des filières allemande, britannique, espagnole, néerlandaise et belge. ITAVI pour FranceAgriMer Septembre 2013.
Renault C, Rieu M, Roussillon MA, Magdelaine P. Analyse de la compétitivité des filières des viandes blanches françaises dans le contexte européen. AND IFIP ITAVI pour FranceAgriMer Avril 2011.
Van Horne PLM, Competitiveness of the Dutch poultry meat sector (English summary). Mai 2013.

 

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