La revue Viandes et produits carnés

La revue française de la recherche en viandes et produits carnés  ISSN  2555-8560

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 ECONOMIE ET CONSOMMATION

 
 

Marché international du porc

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Avantages et handicaps comparatifs des filières porcines françaises et européennes sur leurs concurrents

Les écarts de coûts de revient sont assez réduits entre la France et ses concurrents européens au niveau de l’élevage. En revanche, le secteur de l’abattage-découpe français souffre de déficit d’investissement, d’une moindre automatisation et de surcapacités par rapport aux autres pays.

porcs

INTRODUCTION

Sur le marché mondial du porc, la concurrence est vive entre les pays producteurs qui cherchent à gagner des parts sur des marchés de plus en plus rémunérateurs avec le développement économique. L’exportation hors de l’UE constitue pour les pays européens une voie essentielle pour une valorisation maximale de la carcasse avec l’envoi de produits non valorisés sur les marchés nationaux tels que les abats et coproduits consommés en Asie. La situation des échanges mondiaux et européens révèle en partie la compétitivité des différents bassins de production. La compétitivité des filières porcines se traduit en effet par la capacité à offrir des produits répondant à la demande en termes de prix et de qualité. L’organisation des filières porcines, les stratégies commerciales des entreprises et les avantages sur les coûts de production déterminent la compétitivité relative des pays producteurs.

 

I. EVOLUTION DES POSITIONS DES PRINCIPAUX ACTEURS DU MARCHE MONDIAL DU PORC

I.1. L’UE est l’un des principaux acteurs du marché mondial du porc

L’Union européenne est le second producteur mondial de porc, avec 23 millions de tonnes produites. Le premier producteur mondial de porc est la Chine, avec un cheptel de 460 millions de porcs et une production annuelle de plus de 50 millions de tonnes, soit la moitié de la production mondiale. L’ALENA (union douanière entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique) est le troisième producteur avec 13 millions de tonnes.

I.2. L’UE est le 1er exportateur mondial de produits du porc

Les échanges mondiaux de porc représentent 6 à 7% de la production mondiale, en ne considérant pas le commerce intra-UE ou intra-ALENA. Avec 3 millions de tonnes de produits exportés en 2012, l’Union européenne est le premier exportateur de produits du porc dans le monde, suivie de l’ALENA (2,4 millions de tonnes). Avec le Brésil, ces groupes de pays représentent près de 90% des expéditions mondiales de produits du porc.

I.3. Dynamisme à l’export de l’Allemagne et de l’Espagne

L’Allemagne est devenue le premier exportateur européen de porc (Figure 1), avec 2,8 millions de tonnes exportées en 2012 (en comptant aussi le commerce intra-européen). Le Danemark a exporté 1,6 million de tonnes de produits du porc et l’Espagne 1,3 million de tonnes. La forte croissance des volumes exportés par l’Allemagne et l’Espagne, notamment celle des produits désossés, reflète le dynamisme global de ces filières et met en évidence un avantage comparatif, lié aux importants investissements industriels et au coût moindre du travail par rapport aux pays européens concurrents. La bonne performance du Danemark à l’export s’explique par son savoir-faire ancien et sa capacité à répondre à des demandes exigeantes, telle que celle du marché japonais.

Figure 1 : Exportations de produits du porc (hors vif) des principaux pays européens,
toutes destinations en tonnes

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Source : IFIP d’après Eurostat

I.4. La France déficitaire en valeur à l’export

La situation du commerce extérieur français révèle les difficultés de la filière. Malgré un excédent en volume de 100 000 tonnes, la France est déficitaire en valeur de près de 200 millions d’euros en 2012. Ce déficit se creuse depuis 2005 et est principalement lié à l’importation de pièces désossées et de produits transformés à plus forte valeur ajoutée que les carcasses ou pièces avec os qui sont exportées, notamment vers l’Italie. La France importe des produits désossés et élaborés d’Allemagne et d’Espagne, ainsi que des produits transformés à forte image (jambon de Parme par exemple).

 

II. LES DETERMINANTS DE LA COMPETITIVITE DES FILIERES PORCINES

II.1. Elevage : la France compétitive

Les écarts de coûts de revient sont assez réduits entre la France et ses concurrents européens au niveau de l’élevage (Tableau 1). Parmi les 5 principaux producteurs de porcs européens, la France a le coût de revient total le plus faible et l’Allemagne le plus élevé, en raison notamment de performances techniques plus faibles (AND 2011, Ifip 2011). Le faible niveau d’amortissement révèle les moindres investissements dans les élevages français par rapport aux concurrents.
Les écarts de structures des élevages impactent aussi la compétitivité. Le Danemark et les Pays-Bas possèdent des exploitations de taille plus grande, tandis qu’en France et en Allemagne, le cheptel se situe dans des élevages de taille plus réduite.

Tableau 1 : Coût de revient dans les élevages de porcs en 2011

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Source : IFIP d’après Interpig

II.2. Abattage : des sites français de taille plus modeste et bénéficiant de moins d’investissements

Sans être systématique, la taille des entreprises de transformation de la viande peut avoir un lien avec la rentabilité et la compétitivité. Toutefois, un site d’abattage-découpe de taille importante, supérieure à 1 million de porcs par an, aura la capacité de produire des produits homogènes pour répondre à un client qui souhaite d’importants volumes de manière régulière. Cela permet aussi de produire une quantité suffisante de coproduits pour remplir des containers destinés à l’export en temps réduit.
L’industrie française d’abattage-découpe se caractérise plutôt par des sites de taille plus réduite que ses concurrents (Tableau 2). Le premier site français traite 2,4 millions de porcs par an. En Allemagne, l’abattoir de Rheda, appartenant à Tönnies Fleisch, a abattu plus de 7 millions de porcs en 2012. A Horsens au Danemark, l’outil de Danish Crown abat 4 à 6 millions de porcs par an.

Tableau 2 : Activité d’abattage des principaux groupes d’abattage de porc européens en 2012

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Source : Ifip d’après entreprises, * dont multi espèces

Le secteur de l’abattage-découpe français souffre de déficit d’investissement par rapport à ses concurrents du nord de l’UE. Cela se répercute en moyenne dans une moindre automatisation des chaines d’abattage et de découpe. Par ailleurs, la lente érosion de la production porcine française depuis 10 ans génère des surcapacités dans les abattoirs, qui pèsent sur la rentabilité globale du secteur.
L’essor de la filière de la viande allemande s’est aussi basé sur les relations entre les industriels de la transformation et les distributeurs, notamment les « hard discounters ». Les interactions entre ces deux maillons ont permis une bonne adéquation entre l’offre de produits de l’industrie et la demande des consommateurs, relayée par les distributeurs. Ceux-ci se sont appuyés sur certaines entreprises de la viande pour leurs approvisionnements avec toutefois des conséquences en termes de restructuration pour les industriels qui n’étaient pas intégrés dans ces relations.

II.3. Main d’œuvre : l’avantage compétitif de l’Allemagne

En Allemagne, il n’y a pas de salaire minimum légal défini pour l’ensemble des secteurs de l’économie,  (Roussillon et al, 2011)1. Des accords entre patronat et salariat ont permis d’instaurer, dans  certains secteurs, comme la construction, un niveau minimal de rémunération, mais aucun accord de ce type n’existe dans l’industrie de la viande.
Les entreprises font appel à des travailleurs détachés dans les abattoirs, en provenance d’Europe de l’Est. Ils sont embauchés par des sociétés de service aux conditions sociales et salariales de leur pays d’origine, pouvant aller jusqu’à 5€/h. Des plaintes ont été déposées par des organisations françaises et le gouvernement belge dénonçant les distorsions de concurrence. Des évolutions de la politique du travail pourraient avoir lieu avec les élections allemandes fin 2013. Des discussions ont déjà eu lieu en mai 2013 entre le ministre de l’agriculture de Basse-Saxe et des entreprises d’abattage-découpe, afin d’instaurer un salaire minimum légal de 8,5 €/h.
Les Espagnols bénéficient aussi d’une main-d’œuvre à coût moindre qu’en France, mais ont défini un salaire minimum qui s’impose à l’ensemble des travailleurs. En Europe, c’est au Danemark que la main-d’œuvre est la plus chère (Tableau 3).

Tableau 3 : Coût de la main-d’œuvre sur les chaînes d’abattage et de découpe

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Source : Ifip d’après entreprises

 

III. DES STRATEGIES DE CROISSANCE EXTERNE PLUS OU MOINS BIEN MAITRISEES

Certaines entreprises d’abattage-découpe se sont développées hors de leurs frontières. Le leader européen de l’abattage-découpe de porc, le danois Danish Crown, a choisi d’implanter une partie de ses activités de découpe en Allemagne afin de bénéficier de l’avantage de la main-d’œuvre et de développer la connaissance sur les pays concurrents. Il s’est aussi implanté à proximité de zones de consommation (Pologne ou Royaume-Uni). Plus de la moitié du chiffre d’affaires de Danish Crown est en effet réalisé hors du Danemark. Les produits issus des sites de transformation étrangers sont ensuite exportés dans le monde entier, y compris au Danemark.
Toutefois, une croissance externe mal maîtrisée présente des risques. Fin 2012, le groupe d’abattage hollandais Vion, qui a aussi une activité importante d’équarrissage et de gestion des coproduits, a vendu son activité de production et transformation de viande au Royaume-Uni (acquise en 2008) en raison de problèmes de rentabilité. Le groupe a en effet accumulé un montant important de dettes et souhaite se concentrer sur l’activité viande aux Pays-Bas et en Allemagne. Un projet de séparation des activités viande (Vion Food) et valorisation des coproduits (VionIngredients) a été annoncé en mai 2013.
Au contraire les entreprises d’abattage françaises et espagnoles réalisent la totalité de leur activité sur leur territoire national.

 

IV. PERSPECTIVES DE PRODUCTION ET DE MARCHE

Plusieurs facteurs pourraient affecter le marché mondial du porc à moyen terme. La Directive communautaire sur la mise en groupe des truies pourrait peser sur le niveau de l’offre de porc sur l’année 2013.
Par ailleurs, des discussions sont en cours pour la signature d’accords bilatéraux par l’UE avec le Canada et les Etats-Unis notamment. Les équilibres du marché mondial pourraient être modifiés à moyen terme, avec l’accroissement des importations européennes provenant des pays tiers, tandis que les droits de douane ou la protection non tarifaire (sanitaire) protègent aujourd’hui le marché européen du porc. La récente prise de position chinoise aux Etats-Unis, avec le projet de reprise de Smithfield, pourrait aussi modifier les équilibres mondiaux.
Dans ce contexte et alors que certains producteurs européens en forte croissance ces dernières années atteignent des limites (environnement, qualité de l’eau, rejet de la société en Allemagne), la France, qui se trouve dans une situation difficile, pourrait retrouver un certain dynamisme. En plus d’investissements dans les élevages et à l’aval, la reconquête du marché intérieur et international, une amélioration de l’image des produits français et une recherche de l’adaptation de l’offre à la demande, seraient des préalables indispensables.

 

Bibliographie

AND, Ifip, Itavi, 2011, Analyse de la compétitivité des filières viandes blanches dans le contexte de l’UE, Porc, Poulet, Dinde
Courleux F., Dedieu M.-S., 2012. La compétitivité des filières agroalimentaires : une notion relative aux déterminants multiples, Centre d’étude et de prospective, Ministère de l’agriculture, Analyse n°42
Roguet C., Duflot B., Roussillon M.-A., Saffray J., Marouby H., van Ferneij J.-P., Rieu M., 2011. Compétitivité de la filière porcine française, Etat des lieux et construction d’un indicateur, Collection « Etudes Economiques », IFIP Editions Paris
Roguet C, Gérard C, Environnement et production porcine en Allemagne, Réussir porc n°205, juin 2013, p 6-7 et 10
Roussillon MA, Saffray J, Rieu M, décembre 2011, Le coût de la main-d’œuvre, Effet sur la compétitivité de l’abattage-découpe de porc en Espagne et en Allemagne,  Collection « Etudes Economiques », IFIP Editions Paris

 

______________________________________________

 1Les entreprises de la filière viande en Allemagne ont accepté, lors d’une table-ronde le 10 septembre 2013, d’ouvrir des négociations sur la fixation d’un salaire minimum obligatoire et un encadrement des contrats de sous-traitance. Le syndicat de salariés NGG, avec qui les négociations doivent s’engager, revendique un taux horaire de 8,5 €/h et pour le contrat de sous-traitance, il demande l’introduction de critères minima à respecter pour le logement des ouvriers ainsi que des conditions minimales d’intégration dans l’entreprise (source Agence de Presse Socopag).

 

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