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Amélioration génétique du comportement des vaches Charolaises

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Estimation des paramètres génétiques à partir des données collectées en ferme par les éleveurs

Il y a un intérêt croissant à inclure le comportement dans l’objectif de sélection des vaches Charolaises. Jusqu’à maintenant, les données sur le comportement en bovin allaitant étaient enregistrées par des pointeurs expérimentés. Cette étude (initialement publiée dans J. Anim. Sci. 2015.93:4277–4284. doi:10.2527/jas2015-9292) montre la faisabilité de la sélection sur le comportement des vaches à partir de données issues d’un protocole simple de collecte en ferme par les éleveurs.

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INTRODUCTION

Au cours des dernières décennies, la sélection des bovins allaitants incluait essentiellement des caractères directement liés à la rentabilité, tels que la production, la reproduction, les facilités de naissance, et la contribution maternelle à la croissance du veau (Phocas et al., 1995 ; Phocas et al., 1998). De nos jours, il y a un intérêt à inclure le comportement des animaux dans la sélection (Forabosco et al., 2007 ; Vargas et al., 2014). L'agressivité est importante car elle est associée à la sécurité de l’éleveur (Le Neindre et al., 2002 ; Turner et al., 2013). Le comportement maternel est associé à la consommation de colostrum, à l'immunité et à la survie du veau (Frisch, 1982 ; Hoppe et al., 2008).

Des études précédentes sur le comportement en bovins allaitants ont utilisé des données précises enregistrées par des pointeurs expérimentés, impliquant un nombre limité de données et donc une précision limitée des estimations génétiques (Morris et al., 1994 ; Hoppe et al., 2008 ; Benhajali et al., 2010 ; Schmidt et al., 2014). Une évaluation génétique en ferme de la docilité des veaux a récemment débuté en France, en utilisant des données collectées en élevage par des pointeurs expérimentés (Venot et al., 2015). Un plus grand nombre de données pourrait être obtenu en demandant aux éleveurs de noter leurs animaux. Un système similaire est déjà appliqué avec succès en bovins laitiers pour l’évaluation du tempérament pendant la traite (par exemple, Beard, 1993).
L'objectif de cette étude est d'estimer les héritabilités et les corrélations génétiques pour les caractères de comportement en Charolais. Ces estimations serviront à évaluer les possibilités d’une sélection en utilisant les données collectées en ferme par l’éleveur.

 

I. MATERIEL ET METHODES

Le Guide for the Care and Use of Agricultural Animals in Research and Teaching (FASS, 2010) a été suivi lors de la collecte des données sur les animaux.

I.1. Données

Les données ont été enregistrées pour 6 649 vaches, issues de 76 taureaux d’IA (Insémination Artificielle) et de 6 080 mères. Les vaches provenaient de 380 élevages différents, situés dans le nord-est et l'ouest de la France. Le nombre moyen de vaches par cheptel est 18 et le nombre minimum a été fixé à 3. Toutes les vaches d’un même élevage ont été notées par le même éleveur. Chaque vache a été notée une seule fois, entre octobre 2010 et septembre 2011. Trois caractères de comportement (l’agressivité envers l'éleveur pendant la gestation, l’agressivité envers l'éleveur dans les jours qui suivent le vêlage, et le comportement maternel envers le veau) ont été enregistrés par les éleveurs. Les éleveurs ont reçu préalablement les instructions de notation mais n’ont pas suivi de cession d’harmonisation de la notation. Les éleveurs ont basé leur notation sur leur expérience lors des manipulations régulières de la vache. Les caractères ont été évalués sur une échelle de 1 à 7, où 7 est la note optimale. L’échelle de notation est décrite dans le Tableau 1.

Tableau 1 : Echelle de notation des caractères de comportement

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I.2. Analyses statistiques

Un modèle linéaire animal a été utilisé pour l’analyse des données. Les effets fixes inclus dans le modèle sont le rang de vêlage de la vache au moment de la notation (allant de 1 à 12 et où les rangs de vêlage supérieurs ou égaux à 6 ont été regroupés en une classe), et la combinaison entre l’effet de l'année (entre 1997 et 2009) et de la saison de naissance (d’octobre à mars et d’avril à septembre) de la vache (26 classes). L’effet de la période de notation a été testé et est non significatif. Les effets aléatoires sont l’élevage et l'effet génétique additif. La matrice de parenté a été construite avec un minimum de 3 générations d’ascendants.
Pour chaque caractère, une analyse univariée a permis d’estimer l’héritabilité intra-élevage

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la proportion de la variance expliquée par l’élevage

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et le coefficient de variation génétique (Houle, 1992)

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où da2 est la variance génétique additive, de2 est la variance résiduelle, dh2 est la variance de l’élevage, et µ est la moyenne phénotypique.
Les corrélations phénotypiques et génétiques ont été estimées en utilisant des analyses bivariées. Les analyses ont été réalisées en utilisant ASReml (Gilmour et al., 2009).

 

II. RESULTATS ET DISCUSSION

II.1. Statistiques descriptives

La moyenne et l’écart-type pour chaque caractère sont donnés dans le Tableau 2. La moyenne de l’agressivité pendant la gestation (5,74) et de l’agressivité dans les jours qui suivent le vêlage (5,03) sont plus proches de l’optimum (note de 7), comparées au comportement maternel (4,56). L’écart-type de l’agressivité dans les jours qui suivent le vêlage (1,33) est plus élevé, comparé à l’agressivité pendant la gestation (0,89). Les éleveurs étant amenés à manipuler d’avantage les vaches dans les jours qui suivent le vêlage que durant la gestation, ils pourraient avoir une meilleure connaissance de leur comportement et pourraient ainsi utiliser plus largement l’échelle de notation.

Tableau 2 : Estimations des moyennes, écart-types, variances, héritabilités, et coefficients de variation génétique

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II.2. Effet de l’élevage

L’effet de l’élevage est substantiel pour les trois caractères (entre 19 et 23 % de la variance totale expliquée) (Tableau 2). Les différences entre élevages pourraient être dues à des différences de logement et de conduite. Plusieurs études ont montré que la durée de pâturage avait un impact sur le comportement des bovins allaitants (Boivin et al., 1994; Le Neindre et al., 1995 ; Phocas et al., 2006 ; Hoppe et al., 2008). Les animaux élevés en extérieur ou dans des conditions extensives avec peu de contact humain ont été identifiés plus agressifs vis-à-vis de l’homme que des animaux élevés en bâtiment ou dans des conditions moins extensives (Boivin et al., 1994 ; Becker and Lobato, 1997). De plus, les caractères de comportement étant enregistrés par les éleveurs, l’effet de l’élevage inclue aussi l’effet lié aux différences de notation entre les éleveurs. Plusieurs études sur le comportement en bovin allaitant ont montré l’effet significatif de la personne réalisant l’observation (Le Neindre et al., 1995 ; Phocas et al., 2006).

II.3.Héritabilités

L’héritabilité est de 0,06 pour l’agressivité durant la gestation, de 0,19 pour l’agressivité dans les jours qui suivent le vêlage, et de 0,02 pour le comportement maternel (Tableau 2). Ces héritabilités sont plus faibles que celles reportées dans la littérature. Cela peut être dû à la méthode subjective de notation utilisée dans l’étude présente et aux conditions en élevage de production. Dans la littérature, les études utilisent des observations objectives telles que le temps de fuite (avec une héritabilité allant jusque 0,23 ± 0,04), le nombre de mouvements de fuite (avec une héritabilité allant jusque 0,26 ± 0,04) (Phocas et al., 2006), ou le temps passé à lécher le veau (avec une héritabilité allant jusque 0,32 ± 0,23) (Le Neindre et al., 2002). De plus, ces études sont réalisées en situation expérimentale ou en situation de station de contrôle où les conditions environnementales sont maîtrisées.
Burrow et Corbet (2000) ont montré que l’héritabilité du comportement lors de la manipulation diminue avec l’habitude de l’animal aux contacts humains. Cette diminution de l’héritabilité avec l’habitude du contact humain affecte probablement nos estimations d’héritabilité. En effet, les vaches de notre étude sont habituées aux manipulations alors que la plupart des études utilisent de jeunes animaux (Benhajali et al., 2010; Hoppe et al., 2010).
L’héritabilité plus élevée pour l’agressivité dans les jours qui suivent le vêlage (0,19) que pour l’agressivité pendant la gestation (0,06) peut être liée à une observation du phénotype plus précise. En effet, les éleveurs manipulant d’avantage les vaches dans les jours qui suivent le vêlage que lors de la gestation, ils pourraient avoir une meilleure connaissance de leur comportement et avoir une notation plus précise.
Les effets maternels, s’ils existent, peuvent affecter l’estimation des héritabilités car ils ne sont pas pris en compte dans le modèle. Des effets génétiques maternels pour les caractères de comportement, bien que limités, ont été mis en évidence et les héritabilités maternelles ont des valeurs allant jusqu’à 0,05 (Prayaga and Henshall, 2005 ; Beckman et al., 2007). Dans cette étude, la structure des données ne permet pas d’inclure un effet maternel (environnemental et génétique) dans le modèle. Dans le cas où les effets maternels influenceraient la variabilité des caractères, ils seraient confondus avec l’effet génétique direct, causant ainsi une surestimation de l’héritabilité. Le comportement du veau a été rapporté comme ayant un effet sur le comportement de la mère dans les jours qui suivent le vêlage (Pérez-Torres et al., 2014). De même, ne pas prendre en compte l’effet du veau pourrait causer une surestimation de l’héritabilité.

II.4. Corrélations phénotypiques et génétiques entre les caractères

Les corrélations phénotypiques et génétiques sont présentées dans le Tableau 3. Les corrélations phénotypiques (de 0,11 à 0,52 en valeurs absolues) sont moins élevées que les corrélations génétiques (de 0,71 à 0,98 en valeurs absolues). Une forte corrélation génétique a été trouvée entre le comportement maternel et l’agressivité dans les jours suivants le vêlage (-0,87), et dans une moindre mesure avec l’agressivité durant la gestation (-0,71). Ces estimations suggèrent qu’une plus grande agressivité dans les jours suivants le vêlage est associée à un meilleur comportement maternel. Ces corrélations génétiques élevées indiquent qu’il est difficile d’améliorer le comportement maternel et de réduire l’agressivité simultanément grâce à la sélection. Cela est en accord avec Morris et al. (1994), même si les corrélations observées étaient plus faibles. En revanche, Phocas et al. (2006) ont trouvé que l’agressivité était modérément négativement corrélée avec le comportement maternel (-0.19).

Tableau 3 : Corrélations génétiques (au-dessus de la diagonale) et phénotypiques (en-dessous de la diagonale)

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II.5. Opportunité pour la sélection

L’opportunité d’une amélioration génétique peut être estimée grâce au coefficient de variation génétique. Le coefficient de variation génétique est élevé pour l’agressivité dans les jours qui suivent le vêlage (11%) (Tableau 2), comparativement à un caractère communément sélectionné tel que le poids vif qui a un coefficient de variation de 5% en Charolais (Mujibi and Crews, 2009; Phocas, 2009). Cependant, l’agressivité pendant la gestation (4%) et le comportement maternel (2%) ont des coefficients de variation génétique plus faibles, indiquant que la sélection pour ces caractères est plus difficile.

 

CONCLUSION

Cette étude montre qu’il y a une opportunité intéressante de sélectionner le comportement des vaches Charolaises en utilisant un protocole simple de collecte de données enregistrées en ferme par les éleveurs.

 

Remerciements :

Cette étude a été financée par Gènes Diffusion. Les auteurs remercient les éleveurs pour leurs efforts dans la collecte des données, ainsi que la contribution de Apis Diffusion, Ain Génétique Service, CECNA, CIA Gènes Diffusion, COOPELIA, COOPEL, et ELVA NOVIA.

 

Références :

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